Version écrite de l’entretien littérature et finance de Jean-Jacques Dayries et Xavier Blanchot
Les Livres au cœur : littérature, affaires et intelligence artificielle

Transcription éditorialisée de l’émission avec Jean-Jacques Dayries et Xavier Blanchot
Participants : Guilaine Depis, Jean-Jacques Dayries, Xavier Blanchot
Note éditoriale : Version destinée à une publication écrite. Les hésitations, répétitions, faux départs et scories de l’oral ont été supprimés. La syntaxe a été légèrement resserrée et certains passages ont été condensés pour la lisibilité, sans modifier le sens des propos. Les affirmations factuelles des intervenants sont reproduites comme telles et n’ont pas fait l’objet d’une vérification systématique.
Une rencontre entre finance, littérature et Saint-Germain-des-Prés
GUILAINE DEPIS
Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle émission du Salon de Guilaine. J’ai le plaisir de recevoir Xavier Blanchot, directeur de l’hôtel La Louisiane, et Jean-Jacques Dayries, ancien vice-président de Pechiney, homme de finance et d’industrie, qui a mené sa carrière dans des multinationales sur plusieurs continents avant de devenir écrivain.
J’ai souhaité les réunir parce qu’ils ont en commun une expérience du monde des affaires, le goût de l’entreprise, mais aussi un amour profond des lettres, de l’art et de Saint-Germain-des-Prés. Nous sommes ici dans un lieu emblématique du quartier, La Louisiane, hôtel familial chargé de mémoire littéraire et artistique.
La finance et la littérature sont deux univers qui font rêver de manière différente. Dans l’un, on imagine la réussite, la croissance, la fortune. Dans l’autre, on pense à la trace que l’on laissera, à la transmission, à cette part immatérielle qui peut survivre à une vie. Xavier, lorsque vous pensez à La Louisiane, qu’avez-vous envie de transmettre ?
XAVIER BLANCHOT
La Louisiane existe depuis plus de deux siècles. À l’échelle de l’hôtellerie, c’est considérable ; à l’échelle de l’humanité, c’est très peu. Je me vois surtout comme un passeur. Je reçois un lieu, j’en suis responsable pendant un temps, puis quelqu’un d’autre prendra le relais.
J’aime beaucoup l’idée du Guépard : il faut que tout change pour que rien ne change. Il y a trente ans, il n’y avait pas de wifi ; il y a cinquante ans, il n’y avait pas les mêmes équipements qu’aujourd’hui. Chaque génération doit adapter l’hôtel à son époque, tout en préservant l’essentiel : l’esprit d’accueil.
L’hôtellerie est, d’une certaine manière, l’héritière des lieux qui accueillaient autrefois les voyageurs et les pèlerins. Nous avons aussi un rôle culturel. Paris reste une civilisation en soi, un univers que des visiteurs du monde entier viennent découvrir. La Louisiane a sa petite place dans cette histoire. Je suis le timonier d’aujourd’hui, pas le propriétaire de l’éternité.
Transmettre l’expérience d’une multinationale

GUILAINE DEPIS
Jean-Jacques Dayries, vous avez écrit plusieurs livres, dont Jungle en multinationale, qui est sans doute celui qui a suscité le plus de réactions critiques. C’est un roman atypique, exigeant, qui ouvre les portes du monde des affaires et, notamment, de l’hôtellerie internationale. Votre démarche relève-t-elle, elle aussi, d’un désir de transmission ?
JEAN-JACQUES DAYRIES
Je n’ai pas, comme Xavier, un patrimoine matériel de deux siècles à transmettre. En revanche, j’ai eu envie de transmettre une expérience : celle de la gestion d’une multinationale.
J’ai choisi l’hôtellerie parce que tout le monde voit à peu près ce qu’est un hôtel, alors qu’un grand groupe hôtelier est beaucoup plus complexe qu’une simple addition de chambres. Lorsqu’on possède des actifs dans plusieurs capitales, chacun avec sa personnalité, sa culture et son histoire, et qu’en plus l’entreprise est familiale, il faut composer avec les différences entre pays, avec les intérêts des actionnaires, avec les générations et avec les ambitions parfois contradictoires des membres de la famille.
Le fil conducteur de Jungle en multinationale est la fabrication d’un pacte d’associés. Il s’agit d’essayer de faire tenir ensemble des actionnaires familiaux, de protéger le patrimoine et d’éviter que les conflits ou les errements individuels ne détruisent ce qui a été construit. C’est l’histoire d’un président qui travaille longtemps pour parvenir à cet équilibre, puis qui découvre que, même lorsqu’on croit avoir tout réglé, la réalité peut encore bouleverser la situation.
Dans le roman, je décris un hôtel près du Panthéon, mais il n’a évidemment pas la densité historique de La Louisiane. Ici, on sent que les lieux ont une âme.
Une entreprise patrimoniale reste une entreprise
GUILAINE DEPIS
Xavier, La Louisiane est entourée de mythologie littéraire, mais elle reste aussi une entreprise très concrète.
XAVIER BLANCHOT
Absolument. À la fin de l’année, il faut payer les salariés, les impôts, entretenir les bâtiments, investir, s’adapter aux normes. La poésie des lieux ne dispense pas de gérer une trésorerie.
La transmission d’une entreprise familiale est extrêmement difficile. On admire les sociétés qui traversent deux, trois ou quatre générations parce que c’est réellement un exploit. Il y a la fiscalité, bien sûr, mais aussi la question des héritiers : veulent-ils reprendre ? En sont-ils capables ? Ont-ils les mêmes objectifs ?
Mon parcours ne me destinait pas à l’hôtellerie. J’ai étudié l’économie puis le marketing. J’ai été entrepreneur très jeune, et ce sont ces expériences qui m’ont préparé à reprendre l’hôtel après la disparition brutale de mon père. Savoir ce qu’est une facture, un contrat, un associé, une trésorerie, savoir anticiper les impôts et les investissements : tout cela compte.
J’avais aussi travaillé dans les métiers de service. Le soin apporté au client est quelque chose de très profond chez moi. À La Louisiane, il ne s’agit pas seulement de vendre une nuitée. Il s’agit de prendre soin du sommeil, du séjour, du plaisir d’être à Paris.
JEAN-JACQUES DAYRIES
C’est justement ce qui m’intéresse dans la vie des entreprises. Plus elles grandissent, plus elles deviennent complexes. Il faut préparer la succession du management, s’occuper des équipes, organiser la relation entre les actionnaires et ceux qui font vivre l’entreprise tous les jours. La gestion demande du soin, de l’attention et du talent.
Pourquoi devenir écrivain après une carrière dans la finance ?
GUILAINE DEPIS
Jean-Jacques, votre nouvelle vie d’écrivain n’est évidemment pas motivée d’abord par l’argent. Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?
JEAN-JACQUES DAYRIES
Cela a commencé presque comme un jeu. Je voyageais énormément, notamment en Asie, et je passais de longues heures en avion. Un jour, j’ai pris un bloc-notes et j’ai commencé à raconter une histoire. Au bout de dix ou onze heures de vol, j’avais une nouvelle qui tenait à peu près debout. J’en ai ensuite écrit des dizaines, presque une à chaque voyage.
Après ma carrière dans la banque d’investissement et l’asset management, puis des mandats d’administrateur dans différentes sociétés, il arrive un moment où il faut laisser la place à la génération suivante. J’ai alors repris ces textes. Un éditeur m’avait dit : “Les nouvelles ne se vendent pas, écrivez des romans.” J’ai donc écrit un roman, puis d’autres.
Je pars souvent de mondes que je connais. Je n’ai pas besoin de faire une énorme recherche bibliographique pour parler d’une entreprise, d’un conseil d’administration, d’une famille d’actionnaires ou d’un entrepreneur. Et la réalité dépasse souvent la fiction. Certaines situations vécues seraient jugées invraisemblables si on les écrivait telles quelles dans un scénario.
Une lectrice m’a un jour écrit : “Avec vous, je suis une petite souris qui entre dans un monde auquel je n’aurais jamais accès.” C’est exactement ce que je cherche. Je ne veux pas donner des leçons ; je veux faire entrer le lecteur dans des univers qu’il ne connaît pas, avec une histoire romanesque et des personnages auxquels il puisse s’attacher.
GUILAINE DEPIS
C’est ce qui fait aussi l’intérêt de Quatuor. On y retrouve plusieurs personnages très incarnés, chacun porteur d’un milieu et d’une trajectoire. Ils réapparaissent d’un livre à l’autre, comme dans une sorte de comédie humaine contemporaine.
JEAN-JACQUES DAYRIES
Oui, cela s’est fait presque naturellement. Un personnage secondaire d’un livre peut devenir central dans le suivant. Ils vieillissent, ils changent, ils se croisent. C’est très amusant de les faire vivre ainsi.
Peut-on devenir riche dans l’édition ?
XAVIER BLANCHOT
Je voudrais mettre un bémol à l’opposition entre une finance qui rapporterait de l’argent et une édition qui n’en rapporterait pas. L’édition, au sens large, peut être extrêmement rentable.
Quand J. K. Rowling commence à écrire l’histoire d’un garçon qui découvre qu’il est sorcier, elle ne peut pas imaginer ce que cet univers va générer. Même chose pour certains jeux, certaines licences, certains logiciels, certaines œuvres musicales. Une fois créé, un produit culturel ou intellectuel peut être reproduit à un coût marginal très faible et toucher des millions de personnes.
C’est la logique d’une start-up : beaucoup de projets ne rapportent rien, certains s’équilibrent, et un tout petit nombre peut connaître une croissance considérable. Le livre, le jeu, le logiciel, la musique, la bande dessinée appartiennent tous, d’une certaine manière, à cette économie de l’édition.
Et il y a aujourd’hui l’autoédition, le livre numérique, la traduction assistée par des outils numériques. Beaucoup de manuscrits refusés peuvent malgré tout trouver un public. On annonçait la mort du livre avec le numérique ; en réalité, les formes de lecture et de publication se multiplient.
GUILAINE DEPIS
C’est une vision assez transgressive : on pourrait presque devenir plus facilement riche dans l’édition que dans la finance.
XAVIER BLANCHOT
La finance exige un capital de départ. Pour écrire, composer, programmer ou inventer un concept, un ordinateur, un piano ou un stylo peuvent suffire. Bien sûr, la plupart des projets ne deviendront pas des succès. Mais la possibilité existe.
Réseau, prix littéraires et liberté de l’auteur
GUILAINE DEPIS
Quelle est alors l’importance du réseau ? Dans l’édition, si les critiques ne lisent pas un livre, si un manuscrit reste des mois dans une pile, le talent suffit-il ?
JEAN-JACQUES DAYRIES
Le réseau peut accélérer les choses, mais il ne remplace pas le talent. J’aime croire qu’une bonne histoire finit par trouver son chemin.
Je suis d’ailleurs souvent frappé, chez les libraires, par une certaine uniformité de la production. Beaucoup de livres me paraissent très nombrilistes ou misérabilistes. J’ai parfois l’impression d’avoir déjà lu ce que je feuillette. Le risque, pour les éditeurs, est de tourner en rond.
À propos de Jungle en multinationale, un éditeur très connu m’avait dit : “C’est bien, vous écrivez bien, mais il n’y a que Musso qui se vend. Faites-moi du Musso.” J’ai refusé. Si l’on n’a pas besoin de publier pour vivre, on peut aussi protéger son territoire et essayer d’écrire quelque chose dont on ne rougira pas.
GUILAINE DEPIS
Dans mon métier d’attachée de presse, j’ai vu des auteurs magnifiques rester confidentiels, alors que d’autres, très bons eux aussi, rencontrent un immense public. La qualité littéraire et le nombre de lecteurs ne se superposent pas forcément.
XAVIER BLANCHOT
Les prix ont évidemment un effet considérable. La France possède une profusion de prix littéraires. Et derrière cette mécanique, il existe un entre-soi, des habitudes, des équilibres entre grandes maisons. Le mot “Galligrasseuil” résume depuis longtemps, avec ironie, cette concentration du pouvoir littéraire.
Mais il ne faut pas non plus oublier toutes les transformations du secteur : la bande dessinée, les adaptations, les livres illustrés, le cinéma et la télévision. Lorsqu’un éditeur signe un auteur, il peut toujours rêver d’une adaptation. À ce moment-là, le livre devient le point de départ d’un univers beaucoup plus vaste.
L’intelligence artificielle menace-t-elle la création ?
GUILAINE DEPIS
Vous vous intéressez tous les deux aux technologies et à l’intelligence artificielle. Jean-Jacques, l’IA vous fait-elle peur comme écrivain ? Peut-elle menacer la création humaine ?
JEAN-JACQUES DAYRIES
Je ne suis pas particulièrement pessimiste. J’ai fait des essais et, pour l’instant, je ne trouve pas la qualité littéraire très convaincante.
L’intelligence artificielle est extrêmement forte pour compiler, rapprocher, synthétiser une masse de textes ou de données. C’est formidable lorsqu’il faut passer en revue des milliers de documents, des molécules, des archives historiques. En revanche, la créativité suppose aussi de maîtriser des concepts, de faire des raccourcis inattendus, de créer des ponts. C’est là que je reste sceptique.
On peut augmenter énormément la puissance de calcul, mais cela ne signifie pas forcément que l’on augmente dans les mêmes proportions la qualité de la pensée. La question est de savoir si l’on peut doter ces systèmes d’une véritable représentation conceptuelle du monde, et pas seulement d’une capacité à reconnaître des formes ou à reproduire des régularités.
XAVIER BLANCHOT
Je nuancerais tout de même. Sur certaines formes, par exemple la poésie, les progrès peuvent être très rapides. En revanche, inventer une écriture réellement singulière, une voix qui n’existe pas encore, c’est une autre question.
Je crois que ChatGPT et les autres IA peuvent devenir des assistants extraordinaires pour les écrivains. Votre héroïne arrive à Montpellier : vous pouvez demander quels arbres elle va voir. Elle est empoisonnée à l’arsenic : vous pouvez vérifier les symptômes. Avant, il fallait passer des heures en bibliothèque. Pour la recherche documentaire, pour le vocabulaire, pour les vérifications, c’est un outil remarquable.
Mais un assistant ne remplace pas nécessairement une vision, un style, une histoire.
JEAN-JACQUES DAYRIES
C’est exactement ma position. La compilation peut être très puissante ; la création, c’est autre chose.
“Mon chatbot à Matignon” : la fiction politique de l’IA
JEAN-JACQUES DAYRIES
Je travaille justement sur un livre qui a pour titre provisoire Mon chatbot à Matignon. L’idée part d’un journaliste qui ne peut pas publier, dans son journal, des chroniques trop abrasives. Il crée alors un site et un pseudonyme. Le personnage virtuel commence à prendre de l’importance.
À un moment, le journaliste demande à une société informatique de développer le site. Le travail est sous-traité en Inde, et le personnage numérique devient progressivement autonome dans son fonctionnement : il échange avec des ministres, des directeurs de cabinet, des hauts fonctionnaires, met des gens en relation, produit des programmes politiques. Il finit par avoir ses entrées partout.
Ce qui m’intéresse, c’est le moment où l’on ne sait plus très bien d’où viennent les idées, qui les a formulées, qui les reprend et qui les partage. L’assistant vous fournit un programme sur mesure, qui correspond à vos attentes, puis ce programme circule. C’est ce mélange qui devient romanesque.
Elektra : comment une catastrophe mondiale peut naître d’un geste individuel
GUILAINE DEPIS
Quelques mots maintenant sur Elektra, ce météore…, votre prochain roman.
JEAN-JACQUES DAYRIES
L’idée est née sur mon bateau, aux Antilles. J’étais dans un mouillage magnifique, au lever du jour, dans un calme parfait, et je me suis dit : tout cela pourrait être détruit en quelques secondes si une météorite arrivait. J’ai d’abord écrit une longue nouvelle sur les trois jours qui précèdent l’impact possible d’un objet céleste.
Puis je me suis demandé si une catastrophe mondiale pouvait être provoquée non par un phénomène naturel, mais par un individu. C’est ainsi qu’est née Elektra. Elle est grecque, héritière d’une société d’armement maritime, et obsédée par la vengeance de son père. Elle fait appel à des hackers pour perturber les systèmes de localisation et de pilotage des navires.
Or, si les assureurs ne couvrent plus ces navires, on les immobilise. Et si l’on immobilise une partie suffisamment importante de la flotte, l’économie mondiale se grippe : les usines ne sont plus approvisionnées, la grande distribution non plus. Une vengeance personnelle produit alors, par effet papillon, une catastrophe qui la dépasse complètement.
Le sujet n’est pas la fin du monde en soi, qui est un thème ancien. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont presque rien peut provoquer un emballement gigantesque.
Le futur de La Louisiane : recréer un café littéraire
GUILAINE DEPIS
Xavier, quels sont vos projets immédiats pour La Louisiane ?
XAVIER BLANCHOT
Mon ambition est d’ouvrir un café littéraire avec un bar, et si possible une terrasse. J’aimerais retrouver quelque chose de l’esprit du Procope : un lieu où l’on vient boire, discuter, rencontrer des gens, écouter des idées, prendre la parole.
Les cafés littéraires ont disparu de nombreuses villes européennes. Mais je crois que le besoin de rencontre va revenir. Nous avons vécu une virtualisation massive des relations. Beaucoup de jeunes ont des amis qu’ils retrouvent en ligne sans forcément les voir physiquement. Or le balancier revient toujours. À Saint-Germain-des-Prés, où les cafés font partie de la culture, il existe une vraie demande de présence, de discussion, de confrontation des idées.
Je veux aussi défendre le tissu local : les petits bars, les restaurants, les librairies, les galeries, les petites entreprises. Paris souffre parfois d’un manque de cohésion entre commerçants et acteurs locaux. Dans beaucoup de villes plus petites, les hôteliers, restaurateurs, musées et commerçants travaillent ensemble. À Paris, chacun reste facilement dans son coin.
La Louisiane doit rester en symbiose avec Saint-Germain-des-Prés. Je dis toujours aux clients : ne restez pas dans votre chambre. Il n’y a pas de télévision à La Louisiane et nous n’en voulons pas. La chambre est votre quartier général ; Paris est dehors.
Regards croisés et conclusion
GUILAINE DEPIS
Pour conclure, Jean-Jacques, que retenez-vous de Xavier Blanchot et de cet échange ?
JEAN-JACQUES DAYRIES
J’admire le défi qu’il s’est donné : maintenir une tradition vieille de deux siècles tout en transformant continuellement l’hôtel. Ce n’est pas quelque chose de standardisable. Cela tient à une personnalité, à un lieu, à une ambition, à une forme de dévouement.
Préserver un lieu où souffle l’esprit demande de se battre. Je suis un vieil habitant du quartier et je sais à quel point cette mémoire est fragile. La Louisiane fait partie de ces endroits qu’il faut protéger.
GUILAINE DEPIS
Et vous, Xavier, que retenez-vous de Jean-Jacques Dayries ?
XAVIER BLANCHOT
Jean-Jacques reprend un flambeau qui s’est un peu éteint dans la littérature française : celui du roman du monde des affaires. À une époque, Paul-Loup Sulitzer avait fait rêver avec des histoires de fortunes rapides, d’OPA, de finance et de pouvoir. Mais ce registre a ensuite été délaissé, alors que Balzac ou Zola avaient eux-mêmes énormément écrit sur l’économie et les mutations de leur temps.
Ce que Jean-Jacques apporte, c’est une vision plus fine, plus humaine, plus optimiste aussi. Il montre qu’une entreprise, ce n’est pas seulement l’argent. C’est construire quelque chose, emmener des collaborateurs avec soi, faire progresser une équipe, atteindre ensemble un objectif.
Je crois beaucoup à cette valeur de la construction. On peut construire une œuvre littéraire, une œuvre artistique, une petite entreprise ou une grande entreprise. L’important est de créer et, dans l’entreprise, de savoir s’associer. L’isolement est l’un des grands défauts de l’entrepreneur français. Un plus un plus un peut faire beaucoup plus que trois.
L’intelligence artificielle peut faciliter énormément de choses, accélérer la création d’une entreprise, réduire les tâches administratives, faire gagner du temps. Mais elle ne remplacera pas le fait de travailler avec d’autres êtres humains.
GUILAINE DEPIS
Merci à tous les deux pour cet échange très optimiste, très vivant et très humain. Je suis heureuse d’avoir provoqué cette rencontre entre deux hommes qui, par des chemins très différents, parlent finalement de la même chose : transmettre, construire et rester libres dans un monde qui change.
