« La Sphère » de Malédicte par Benoit de Rocquigny

C’est un objet littéraire non identifié, une de ces pépites noires qui surgissent parfois des marges pour nous hanter. Avec « La Sphère », Malédicte ne se contente pas de bâtir un décor de science-fiction ; il érige une cathédrale de métal et de silence, où l’on entendrait presque résonner les échos d’un Beckett qui aurait lu Philip K. Dick.

On y suit des errances au cœur d’une mégastructure aux dimensions borgésiennes, là où l’humain, réduit à sa plus simple expression organique, tente désespérément de réinventer le sacré dans le béton, un peu comme Notre-Dame du Raincy, la Cathédrale de la Résurrection d’Évry ou la Cathédrale de Brasillia.

Le style, une langue à la fois massive et froide, déploie une poésie de l’oppression qui terrifie autant qu’elle force l’admiration. Malédicte possède cet art du clair-obscur, peignant des paysages industriels d’une beauté terminale, où chaque coursive devient le théâtre d’une métaphysique du vide.

On est loin, bien loin, des blockbusters formatés : c’est une œuvre exigeante, un peu hautaine sans doute, mais d’une radicalité salvatrice. Une fable glaciale sur l’enfermement social et la vacuité de nos ambitions technologiques.

Indispensable et dérangeant.