Marianne Vourch, une passionnée de la beauté et de la transmission

Un portrait en musique de Marie-Antoinette

Relier l’histoire et la musique classique, et en donner le goût aux enfants, c’est le but de la collection « Portrait en musique », que lance Marianne Vourch, aux éditions Villanelle. Le premier ouvrage de celle-ci est consacré à Marie-Antoinette.

Adorée puis détestée, Marie-Antoinette demeure une des grandes figures de notre imaginaire, comme en témoigne la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris, en 2024. Marianne Vourch en dresse ici un portrait à l’intention des enfants, disponible à la fois au format papier et en livre audio.

Le livre commence en 1770 quand celle qui n’est encore qu’archiduchesse d’Autriche quitte pour toujours son pays en direction de la France. Face à la montée de la Prusse, Versailles s’est tourné vers l’Autriche, et un mariage entre le dauphin de France, le futur Louis XVI, et la fille de l’impératrice Marie-Thérèse doit sceller la nouvelle alliance. En sept chapitres, Marianne Vourch raconte l’ascension, la gloire puis, à partir de l’affaire du collier, la chute sans fin dans l’impopularité (dont « Madame Déficit » fut la principale responsable).

Comme elle s’adresse aux enfants, elle n’aborde pas en profondeur – mais avec tout de même suffisamment de clarté – les bouleversements politiques de la fin du XVIIIe siècle français (ce n’est donc pas un livre inspiré par l’œuvre d’Albert Soboul, mais ce n’est pas non plus un ouvrage crypto-monarchiste). Un seul chapitre est consacré à la Révolution, quand la reine commence à s’occuper, mais c’est trop tard pour elle, des affaires publiques. Les phrases célèbres de la Révolution, indispensables au vade-mecum de culture générale, sont toutefois citées, notamment celle du 6 octobre 1789 : « Nous ramenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron. »

La vie privée de Marie-Antoinette est aussi évoquée, mais sans le racolage des détails croustilleux et des commérages qui ont ruiné le moral du pauvre roi. Sur le peu énergique Louis XVI, elle écrit simplement: « Il ne l’a pas embrassée. Il ne l’a pas aimée cette première nuit. Le jeune marié note lui-même dans son journal, le lendemain matin : ‘‘Rien.’’ » L’aventure avec le viril et courageux Fersen, le seul amour de la reine avec celui qu’elle montra pour ses enfants, est traitée à l’avenant.

La bande sonore du siècle finissant

C’est donc une initiation à l’histoire en douceur, dans ce portrait en musique. Et c’est là que l’indispensable version audio de l’ouvrage, accessible sur le site des éditions Villanelle grâce à un mot de passe, donne tout son intérêt à l’ouvrage. La jolie voix de Marianne Vourch, soutenue par un judicieux habillage sonore, double parfaitement le livre (chacun des sept chapitres dure à peu près dix minutes). Comme les éditions Villanelle se veulent avant tout un vecteur de vulgarisation de la musique dite « classique », l’auteure, par ailleurs productrice de concerts et de programmes sur France Musique, a placé dans chaque partie une dizaine d’extraits d’œuvres contemporaines de la vie de Marie-Antoinette, qui illustrent les grands épisodes de sa vie.

L’heure est d’abord à l’insouciance, à la galanterie, à la douceur de vivre : Marianne Vourch a donc convoqué des compositeurs comme Jean-Féry Rebel ou Jean-Baptiste Krumpholz, avec lequel la harpe, instrument qui évoque à lui seul tout un monde, est à l’honneur (même un adulte mélomane découvre ici des œuvres qu’il n’avait jamais entendues). Les plus célèbres des compositeurs classiques – dans le vrai sens du terme – figurent évidemment dans la bande sonore : Haydn, Mozart (avec notamment le deuxième mouvement du Concerto pour flûte et harpe), Rameau et Gluck. C’est grâce à Marie-Antoinette que ce dernier fait représenter à Versailles son opéra Iphigénie en Aulide. Si l’ambiance est d’abord à la fête, elle se tend au fil des années. C’est l’époque où sont créées Les Noces de Figaro, de Mozart, inspirées de la pièce hautement subversive de Beaumarchais. Est joué le début de la célèbre ouverture, prestissimo, de l’opéra. Au final, ce livre est un kaléidoscope musical, idéal pour les enfants (des extraits plus longs, sans parler de mouvements entiers de concertos ou de symphonies, provoqueraient l’ennui). Un regret peut-être : qu’on n’ait pas retenu pour la mort de Marie-Antoinette le morceau pour piano, encore trop méconnu, de Jan Ladislav Dussek (qui comprend une gamme descendante en quadruples croches, sur trois octaves et moins d’une mesure, soit l’évocation parfaite du « rasoir national », mais cet « oubli » peut être facilement rattrapé dans un livre audio).

Le goût pour la mode chez la plus coquette des reines n’a pas été omis : il est bien sûr question de ses coiffes extravagantes et quasi surréelles (d’une hauteur de quatre-vingt-dix centimètres) : « La mode est alors aux coiffures thématiques, dites ‘‘pouf’’ » (oui, vous avez bien lu).

Une initiation à la beauté

Ce livre se veut une initiation à la fois à l’histoire, à la musique et aux belles choses. En effet, Portrait en musique de Marie-Antoinette est d’abord un bel objet. Pour la couverture, l’équipe des éditions Villanelle a réussi une jolie transposition graphique du célèbre portrait d’Élisabeth Vigée Le Brun et le titre a été gravé chez l’imprimeur par marquage à chaud avec gaufrage, ce qui lui donne un relief élégant, brillant et chatoyant, agréable même au toucher (adulte comme enfant, on passe avec plaisir son index dessus et d’ailleurs aussi sur toute la reliure cartonnée recouverte de toile).

La mise en pages est aussi très agréable, colorée et agrémentée de délicats fleurons, culots, de jolies vignettes et de quelques pastiches des tableaux conservés au musée Carnavalet. Comme l’oreille, l’œil ne s’éduque jamais assez tôt. Portrait en musique de Marie-Antoinette repose largement sur les petites délices de la synesthésie, auxquelles les cerveaux encore tout malléables des enfants sont largement sensibles. Si vous cherchez un beau cadeau, vous tenez là une belle idée.

Rodolphe Ragu

Marianne Vourch

Portrait en musique de Marie-Antoinette

Éditions Villanelle, 112 pages